Un nouveau règlement européen va obliger les constructeurs de smartphones à proposer des mises à jour de leurs mobiles pendant au moins 5 ans. Cette mesure représente une avancée significative pour la planète à plus d’un titre.
Sommaire
Une initiative en faveur de la durabilité logicielle
Les engagements des grands constructeurs
Samsung et Google ont récemment annoncé que leurs nouveaux modèles, les Galaxy S24 et les Pixel 8, bénéficieront de 7 ans de suivi logiciel. Cette durée de support concurrence, voire dépasse, celle offerte par Apple sur ses iPhone. Bien que cette initiative soit louable et témoigne d’une prise de conscience des problématiques d’obsolescence logicielle et de renouvellement matériel, elle n’est pas uniquement motivée par des considérations écologiques.
Le nouveau règlement européen
En réalité, ces entreprises se préparent à se conformer à un nouveau règlement européen, le règlement 2023/1670, qui entrera en vigueur en juin 2025. Ce règlement obligera les constructeurs à déployer des mises à jour pendant au moins 5 ans après la mise sur le marché d’un appareil. Publié au Journal officiel de l’Union européenne le 16 juin 2023, ce texte « établissant des exigences en matière d’écoconception applicables aux smartphones » stipule également que ces mises à jour devront être « accessibles sans frais ». De plus, qu’elles concernent la sécurité ou les fonctionnalités, ces mises à jour devront être rendues disponibles quatre à six mois après la publication du code source ou après le déploiement du système sur un autre produit de la même marque.
Un chamboulement dans l’univers Android
Le défi pour les constructeurs Android
Cette nouvelle réglementation est susceptible de bouleverser l’univers Android, où certains constructeurs ont un historique de suivi logiciel déplorable. En effet, certains smartphones sont parfois abandonnés après un ou deux ans ou ne reçoivent jamais les correctifs de sécurité mensuels déployés par Google. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que Samsung et Google cherchent à se démarquer en proposant plus que le minimum légal pour leurs smartphones vendus à plus de 1000 €.
L’engagement de la France sur la durabilité logicielle
En parallèle aux initiatives européennes, la France a également pris des mesures concernant la durabilité logicielle. La mission d’information sur l’évaluation de l’impact de la loi AGEC de 2020 propose, selon un document obtenu par le média Contexte, de forcer les fabricants à proposer des mises à jour « pendant une durée correspondant à la durée d’usage attendue ». Pour les smartphones, cette durée est également estimée à environ 5 ans.
Un argument de plus pour le marché du reconditionné
La perspective du reconditionnement
Cette nouvelle mesure est une excellente nouvelle pour le marché du reconditionné. Christophe Brunot, cofondateur de Largo, un reconditionneur de téléphones portables et de tablettes, voit dans cette mesure un argument supplémentaire pour son activité. « C’est surtout sur la couche sécurité que cela va faire une différence », explique-t-il. D’après l’Arcep, la durée d’utilisation d’un smartphone avant renouvellement est de 36 à 40 mois. Un smartphone reconditionné pourrait donc encore bénéficier de deux ans de mises à jour, ce qui rassurera les acheteurs potentiels. Ainsi, le marché du reconditionné pourra se targuer de proposer des téléphones de seconde main bénéficiant de mises à jour fréquentes, contrairement à ce qui se passait auparavant.
L’impact sur les téléphones d’entrée de gamme
Cette future législation pourrait avoir un effet secondaire inattendu en réduisant le marché des téléphones d’entrée et de milieu de gamme. Les téléphones premier prix sont souvent ceux qui sont abandonnés le plus rapidement du point de vue logiciel, les constructeurs ne souhaitant pas investir dans des mobiles générant peu de marge. Cependant, les reconditionneurs y voient une opportunité. « C’est une très bonne nouvelle qu’il y ait moins de concurrence sur le milieu de gamme », avoue Christophe Brunot. Le marché pourrait se reconfigurer autour d’une offre haut de gamme pour les produits neufs et une offre de milieu de gamme assurée par le reconditionné. « Le prix d’achat moyen d’un téléphone reconditionné monte tous les ans. De 250 € il y a quelques années, on est passés à 400 et quelques aujourd’hui », ajoute-t-il. Cela correspond au prix des mobiles de milieu de gamme actuels. Toutefois, les téléphones d’entrée de gamme, à moins de 200 €, risquent de disparaître sans solution de remplacement.
Un encadrement législatif pour lutter contre l’obsolescence programmée
Lutter contre l’obsolescence programmée
L’encadrement législatif plus strict des mises à jour logicielles est essentiel pour lutter contre l’obsolescence programmée. En prolongeant la durée de vie des appareils, les utilisateurs ne seront plus contraints de renouveler prématurément leurs smartphones en raison de l’absence de mises à jour de sécurité. Cependant, on peut regretter que Bruxelles se soit limité à cinq ans de suivi, alors que certains mobiles pourraient durer jusqu’à dix ans selon l’Arcep.
Les avantages environnementaux et économiques
L’obligation pour les constructeurs de smartphones de proposer des mises à jour pendant au moins 5 ans est une avancée majeure pour la durabilité technologique et la lutte contre l’obsolescence programmée. Cette mesure profitera non seulement aux consommateurs, mais également à l’environnement en réduisant le nombre de smartphones jetés prématurément. Par ailleurs, elle ouvre de nouvelles perspectives pour le marché du reconditionné, qui pourra proposer des téléphones mis à jour et sécurisés pendant plusieurs années. Cependant, elle pourrait aussi réduire le marché des téléphones d’entrée de gamme, laissant place à une offre reconditionnée de milieu de gamme plus attrayante.
En somme, l’obligation légale pour les constructeurs de smartphones de fournir des mises à jour pendant au moins 5 ans représente une avancée significative pour la durabilité logicielle et la lutte contre l’obsolescence programmée. Cette mesure, bien qu’imposée par le règlement 2023/1670 de l’Union européenne, trouve un écho favorable chez les grands constructeurs comme Samsung et Google, qui anticipent déjà en offrant des suivis logiciels encore plus longs. En parallèle, cette initiative favorise également le marché du reconditionné, permettant de prolonger la durée de vie des smartphones et de rassurer les consommateurs quant à la sécurité et aux performances de leurs appareils.
Il reste toutefois à observer comment cette législation influencera le marché des téléphones d’entrée de gamme, qui pourrait souffrir de cette nouvelle exigence. En attendant, cette mesure représente un pas important vers une industrie technologique plus durable et responsable, bénéfique tant pour les utilisateurs que pour l’environnement.
